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Dimanche 29 avril 2018 à 11h a eu lieu au Monument de la Résistance de Saint-Affrique, le dépôt d’une gerbe au nom de la Ville pour rendre hommage aux victimes et aux héros de la Déportation.

Après les prises de paroles et lecture de poème par le maire adjoint Francis Bertrand et l'historien Henri Moizet, une minute de silence suivie de la Marseillaise a fait suite au dépôt de gerbe.

Francis Bertrand a lu un poème de Charlotte Delbo, résistante déportée à Birkenau.

Henri Moizet a lu  :

"Avril 1945. Se révélait  au monde entier souvent incrédule, la plus gigantesque entreprise d’extermination des temps modernes.

Aujourd’hui encore, la Déportation heurte nos consciences par son degré de barbarie et de total mépris de l’être humain. Par des mots, nous  traduisons l’horreur des camps de concentration : chambre à gaz, expérimentation médicale, mines de sel, four crématoire, fosse commune, Shoah. Derrière ces repères sémantiques, une seule constance, l’assassinat de masse par la cruauté, le travail ou la faim ; une seule méthode : l’asservissement, le déporté n’est qu’une chose, un n° quelques fois tatoué; un seul objectif : l’extermination pour affirmer la supériorité de la race aryenne sur les autres réduits à l’esclavage ou détruits parce que déclarés nuisibles.

Nos mots, nos pauvres mots,  sont bien dérisoires pour traduire fidèlement le caractère monstrueux de ce système concentrationnaire nazi. Nous connaissons  maintenant et nous comprenons comment des millions d’êtres humains, juifs et tziganes, opposants allemands et résistants, combattants russes, indésirables selon la typologie hitlérienne, ont été anéantis. Mais comment décrire la lente agonie dans les marais d’Auschwitz ou dans le tunnel de Dora, les souffrances endurées dans les mines de sel de Stassfurt, l’horrible mort sur les marches de l’escalier de Mauthausen ou encore le calvaire  quotidien imposé aux femmes à Ravensbruck ?

Tout cela semble  si loin même dans notre petit continent européen !

A Saint-Affrique, nous préférons garder la Mémoire de ce crime contre l’Humanité. Nous prônons la vigilance, en relatant les faits qui nous permettent de comprendre les rouages du système hitlérien et dénoncer tous les complices, Etats ou individus. Car, élargi à toute l’Europe, ce système a sévi, chez nous.  Rappelons-nous encore que des femmes et des hommes du Sud-Aveyron ont subi cet épouvantable martyre, et que beaucoup ont péri, devenus des ‘’Nuits et Brouillards ‘’ parmi 10 autres millions de victimes. Désormais ‘’ombres parmi les ombres’’ ou ayant survécu, tous doivent être conservés dans notre mémoire  collective.  Les juifs réfugiés à St-Affrique et raflés le 26 août 1942 et expédiés à Rivesaltes, les résistants F. Galtier, R. Frangi et B. Ortéga, J. Ferrand et M. Jouffray, J. Michaut, L. Freychet et L. Baron, Marie-Jeanne Gantou-Bauer ou Mme Noyrigat (Millau).

 

Le choix a été fait de rappeler, de manière permanente, sur la façade d’une école, ce que furent l’engagement de M.J. Gantou-Bauer, le convoi du 24 janvier 43 et les multiples souffrances par elle endurées, au-delà du retour d’Auschwitz.

En ce jour de commémoration,  un de nos journaux évoque ce que fut le destin de Ricardo Frangi et de son camarade Barnabé Ortéga, tous deux morts à Buchenwald.

Tout cela est-il déjà si ancien dans notre histoire contemporaine qu’il faille oublier ?

 

Non, Mme Gibaud, sa sœur, est parmi nous comme certains de ses jeunes amis d’enfance. Les documents familiaux rendus publics illustrent cruellement ce que fut l’engagement de Ricardo, son arrestation au Bouscalous par des GMR français, son emprisonnement à Béziers, Montpellier et Toulouse (secteur français), la douleur de sa mère, un transport inhumain durant 8 jours torrides vers Buchenwald.  Six mois de travail et d’épuisement conduisirent, inexorablement, celui que ses copains surnommaient le Costaud silencieux, à la mort le 1 février 1945. Pour Barnabé, ce fut le 3 mars.

Par eux nous pouvons  cerner l’indicible inhumanité que représentent les noms de Buchenwald, Dachau, Ravensbruck, Chelmno, Treblinka Sobibor, Belzec, Maïdaneck, Strutoff, Bergen – Belsen et Auschwitz. Ce dernier camp qui n’en fait oublier aucun mais les synthétise tous :

 

Auschwitz, Auschwitz, ô syllabes sanglantes

Ici l’on vit, ici l’on meurt à petit feu

On appelle cela l’exécution lente

Une part de nos cœurs y périt peu à peu.   (L. Aragon)

 

Aujourd’hui, c’est l’émotion et le recueillement qui  prévalent.

Prolongeons-les par la vigilance citoyenne. Le combat pour la liberté et la dignité  humaine, sous des formes différentes bien sûr, reste indispensable. Car si l’Homme est capable de grandeur et d’héroïsme, il est tout aussi capable d’égarement vers les pires perversités."

 

H. Moizet, 29 avril 2018, Saint-Affrique