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L'école maternelle Gare porte le nom de Marie-Jeanne Gantou-Bauer

Publication le Jeudi 16/11/2017

La cérémonie émouvante a eu lieu vendredi 24 novembre 2017 à 16 h 30 devant une assemblée nombreuse, parmi laquelle Christine Guillot, nièce de Marie Jeanne aux côtés de ses proches. (suite article en cliquant ici)

Biographie de Marie-Jeanne Gantou-Bauer

Marie‐Jeanne Gantou naît le 14 juillet 1913 à Saint‐Affrique, dans une famille de quatre enfants (dont Raymond Gantou, fusillé à Saint‐Affrique pendant la seconde guerre mondiale). Elle va à l’école à Saint‐Affrique, puis fait des études d’infirmière. Une fois obtenu son diplôme d’État, elle travaille dans les hôpitaux de Paris.

En 1937, elle épouse Jean‐Claude Bauer, né le 3 octobre 1910 à Saint‐Dié (Vosges), docteur en médecine, qui a un cabinet à Saint‐Ouen. Ils sont domiciliés au 3, rue Blanqui. Ils n’ont pas d’enfant.
Mobilisé au cours de la guerre 1939‐1940, le lieutenant de réserve Jean‐Claude Bauer est décoré de la Croix de guerre et réformé à 20 % pour blessures de guerre. Marie‐Jeanne et son mari sont communistes et rentrent dans la résistance dès le début de l’occupation.
En 1942, ils servent de boîte à lettres, recherchent des cachettes pour les combattants clandestins qu’ils approvisionnent en nourriture et en argent, ils transportent également des tracts. Jean‐Claude Bauer est notamment en contact avec Georges Dudach, le mari de Charlotte Delbo.

Le 1er mars 1942, le docteur Bauer est arrêté à Paris. Comme il est porteur d’une fausse carte d’identité au nom de Jacques Besson, les policiers des brigades spéciales mettent plusieurs jours pour découvrir sa véritable identité. Quand ils la trouvent, ils arrêtent sa femme.

Le 6 mars, Marie‐Jeanne est amenée à la préfecture de police. Elle a beau nier et présenter des alibis, la police possède un dossier sur elle comme affiliée au syndicat CGTU dès avant 1936. Le rapport d’arrestation rédigé par les Renseignements Généraux à son sujet, précise qu’elle « partageait les convictions politiques de [son mari et que] […] malgré la dissolution du Parti Communiste, elle avait conservé ses sympathies aux doctrines mouscoutaires ». Le 15 mars, après quelques jours à la préfecture de police, elle passe au dépôt.

Le 30 avril, remise aux Allemands, elle est transférée à la division allemande de la Maison d’arrêt de la Santé, vraisemblablement comme les autres futures “NN” de l’affaire Pican‐Cadras, elle est maintenue au secret : sans lettre, ni colis, ni promenade.
Elle ne sort de sa cellule que deux fois : une fois pour aller à l’interrogatoire de la Gestapo, rue des Saussaies et, une autre fois, le 23 mai 1942 pour dire adieu à son mari, avant qu’il parte pour être fusillé au fort du Mont‐Valérien, à Suresnes (en même temps que les maris de Charlotte Delbo, Germaine Pican, Maïe Politzer et Hélène Solomon). Ils sont fusillés comme otages en représailles d’une action menée le 19 mai par la résistance armée communiste contre un officier de l’armée d’occupation, le Conseiller d’administration militaire Kuligk.

Le 24 août 1942, elle est transférée au camp allemand du Fort de Romainville, situé sur la commune des Lilas (Seine‐Saint‐Denis – 93), avec trente‐cinq autres détenues prises dans l’« affaire Pican‐Cadras ». Première dans l’ordre alphabétique, Marie‐Jeanne Bauer y est enregistrée sous le matricule 647.

Le 22 janvier 1943, Marie‐Jeanne est parmi les cent premières femmes otages transférées en camion au camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquant « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »). Le lendemain, un deuxième groupe de cent vingt‐deux détenues du Fort les y rejoint, auquel s’ajoutent huit prisonnières extraites d’autres lieux de détention (sept de la maison d’arrêt de Fresnes et une du dépôt de la préfecture de police de Paris). Toutes passent la nuit du 23 janvier à Royallieu, probablement dans un bâtiment du secteur C du camp. Le matin suivant, 24 janvier, les deux cent trente femmes sont conduites dans des camions à la gare de marchandises de Compiègne et montent dans les quatre derniers wagons (à bestiaux) d’un convoi dans lequel plus de 1450 détenus hommes ont été entassés la veille.

Comme les autres déportés, la plupart d’entre elles jettent sur les voies des messages à destination de leurs proches, rédigés la veille ou à la hâte, dans l’entassement du wagon et les secousses des boggies (ces mots ne sont pas toujours parvenus à leur destinataire). En gare de Halle (Allemagne), le train se divise et les wagons des hommes sont dirigés sur le KL Sachsenhausen, tandis que les femmes arrivent en gare d’Auschwitz le 26 janvier au soir. Le train y stationne toute la nuit. Le lendemain matin, après avoir été descendues et alignées sur un quai de débarquement de la gare de marchandises, elles sont conduites à pied au camp de femmes de Birkenau où elles entrent en chantant La Marseillaise.
Marie‐Jeanne Bauer est enregistrée sous le numéro 31651. Le matricule de chacune est immédiatement tatoué sur son avant‐bras gauche. Pendant deux semaines, elles sont en quarantaine au Block n°14, sans contact avec les autres détenues, donc provisoirement exemptées de travail dans les Kommandos.

Le 3 février, la plupart des “31000” sont amenées à pied, par rangs de cinq, à Auschwitz‐I, le camp souche où se trouve l’administration, pour y être photographiées selon les principes de l’anthropométrie de la police allemande : vues de trois‐quart avec un couvre‐chef (foulard), de face et de profil (la photo de Marie‐Jeanne Bauer a été retrouvée).
Le 12 février, les “31000” sont assignées au Block 26, entassées à mille détenues avec des Polonaises. Les “soupiraux” de leur bâtiment de briques donnent sur la cour du Block 25, le “mouroir” du camp des femmes où sont enfermées leurs compagnes prises à la “course” du 10 février (une sélection punitive). Les “31000” commencent à partir dans les Kommandos de travail.

Le 24 février 1943, Marie‐Jeanne Bauer est prise comme infirmière au Revier. Attachée au Block des contagieuses, elle voit mourir nombre des camarades du convoi. Elle est elle‐même victime d’un typhus particulièrement long et éprouvant, avec son cortège de phases de délire, et elle voit mourir nombre de déportées autour d’elle : un jour, elle se trouve seule vivante avec quatre cadavres à ses côtés.
Remise du typhus, elle travaille dans un Kommando aux tresses de cellophane. On y tresse des rubans de cellophane pour en faire des sangles qui garniraient les brancards de l’armée allemande. Du camp, il faut faire 1,6 km pour s’y rendre et, pour les convalescentes du typhus qui viennent de subir plusieurs semaines de fièvre et un amaigrissement de plus de vingt‐cinq kilos, la distance paraît très grande.

Le 3 août 1943, elle bénéficie de la mesure de quarantaine avec les survivantes du convoi. Mais début octobre, elle est atteinte d’un double trachome, et renvoyée au Revier. Froura, une doctoresse polonaise, la soigne et fait des miracles. Guérie, Marie‐Jeanne peut regagner le Block de quarantaine. Mais, peu après, elle est victime du trachome et repart pour le Revier. C’est ainsi qu’elle n’est pas partie pour le KL Ravensbrück avec les survivantes le 2 août 1944. Elle est libérée à Auschwitz par l’armée soviétique, parmi les malades abandonnés sur place.

Le 27 janvier 1945, les avant‐gardes russes sont là, restent quelques heures, repartent à la poursuite de l’armée allemande. D’autres régiments leur succèdent, qui prennent la direction et l’organisation du camp en mains. Le spectacle qui s’offre à leurs yeux a été décrit : squelettes marchant, cadavres parlant, etc. Ils groupent les survivants au camp des hommes et laissent Birkenau.
Les conditions restent précaires et les anciennes déportées qui sont assez fortes pour se lever s’occupent des autres, font du feu, aident médecins et infirmiers soviétiques à distribuer les rations et les médicaments. Elles s’installent à la cuisine.

Un jour, Marie‐Jeanne est victime d’un soldat, ivre mort, qui la vise et fait feu la prenant pour une Allemande. On l’emporte pour l’opérer et elle en survit : la balle est passée dans la crosse de l’aorte et est ressortie sous l’omoplate, sans toucher ni le coeur ni les poumons.
D’abord, elle part pour Odessa, en camion et en train ; le voyage est interrompu à Chepetowka, ville
frontière pleine de prisonniers français : on dit qu’un bateau anglais devait venir les prendre à Odessa mais qu’à la suite d’un incident avec les Russes le bateau ne viendra pas.

En définitive, elles rentrent par voie terrestre via Cracovie, Breslau, Berlin, avec mille détours du fait
des aiguillages détruits.


Marie‐Jeanne arrive à la gare du Nord le 15 juillet 1945 : elle est la dernière des “31000” rescapées à être rapatriée. Elle est malade ; personne ne l’attend ; sa maison a été bombardée ; son appartement pillé. Elle apprend que son frère a été fusillé à Saint‐Affrique le 13 août 1944. L’examen médical révèle que le typhus est encore positif et les médecins ne veulent pas croire qu’il y a deux ans qu’elle l’a eu. Elle a perdu la vision de l’oeil droit, l’oeil gauche est gravement endommagé. Elle peine à se réadapter. Elle est homologuée comme adjudant dans la Résistance Intérieure Française.

Elle décède le 29 mai 1984. À Saint‐Ouen, son nom est inscrit sur la stèle érigée en « Hommage aux résistants, femmes, hommes, déportés à Auschwitz‐Birkenau ».

Biographie réalisée par la Maison de la Mémoire
d'après diverses sources
:
www.memoirevive.org
www.charlottedelbo.org
wikipédia



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La plaque commémorative apposée sur le mur de la Maternelle 
  • La plaque commémorative apposée sur le mur de la Maternelle  Henri Moizet a fait la biographie de Marie Jeanne Gantou-Bauer  Christine Guillot a remercié l'initiative de la mairie de Saint-Affrique  La plaque commémorative avec le poème de Charlotte Delbo  La maternelle Gare "Marie Jeanne Gantou-Bauer" 
Henri Moizet a fait la biographie de Marie Jeanne Gantou-Bauer 
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