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Mardi 19 février 2019, un peu plus de 200 personnes se sont rassemblées aux côtés des élus de la Communauté de Communes et de Saint-Affrique sous la plaque des Justes, répondant ainsi à l'appel national à s'unir contre l’antisémitisme.

Alain Fauconnier, Maire de Saint-Affrique, avait lancé un appel pour participer localement au rassemblement national de mardi 19 février 2019 :
Plus de 200 saint-affricaines et saint-affricains, habitants du territoire, se sont réunis sous la plaque des Justes pour dire NON à l'antisémitisme et au racisme.

Christian Font s'est exprimé ainsi :

"A l’appel de 53 structures politiques, syndicales ou associative, nous sommes aujourd’hui présents pour témoigner de notre engagement dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

En ces temps d’ambigüité où la vérité se travestit en légende quand elle n’est pas simplement falsifiée ou niée, il n’est pas indifférent de rappeler quatre dates de l’histoire de France.

-          Le 27 septembre 1791, pour la première fois, un pays déclare libre et égaux tous les citoyens  qui vivent sur son sol ; désormais les Juifs deviennent des citoyens à part entière.

-          Un siècle et demi plus tard, les 3 et 4 octobre 1940, Pétain signe les lois portant statut particulier des Juifs, les excluant de la fonction publique, des professions libérales et des activités de spectacle. Il propose même une définition de la race juive alors que les Allemands s’en tiennent aux critères de la religion. Le 4 octobre, l’autorisation est donnée aux préfets d’interner les Juifs étrangers et d’ouvrir des camps, y compris en zone non-occupée.

-          Dans la nuit et la matinée du 22 avril 1944, la Gestapo de Rodez avec la complicité de l’administration française opère l’arrestation de 20 Juifs français et de 16 Juifs étrangers : 16 hommes, 16 femmes et 4 enfants. De ces déportés, 5 seulement reviendront.  Au plan national, les chiffres sont connus : à peine 2 600 survivants sur les 73 853 déportés et 11 000 enfants massacrés. Pour commémorer le cinquantenaire de la rafle des Juifs de Rodez, le Ministère des anciens combattants, m’avait sollicité avec un illustre collègue pour réaliser une étude sur le département de l’Aveyron.  Il y a 25 ans, tiré de ses travaux, le livre « Les Juifs et l’antisémitisme en Aveyron » avait été publié dans l’indifférence. Notre objectif était de montrer que la collaboration, la milice, l’antisémitisme et la déportation des Juifs étaient aussi l’histoire de l’Aveyron et que « Nuit et Brouillard » n’avait pas eu lieu seulement au fin fond de l’Allemagne, ou dans un quelconque pays d’Europe Centrale. Bien évidemment, cette époque ne fut pas totalement noire. En Aveyron, il y a eu aussi des actes de résistance et de courage. La plaque, portant le nom des Justes de Saint-Affrique qui ont cachés et sauvés des Juifs, opposée sur la salle des fêtes de Saint-Affrique,  en porte témoignage. A ce moment-là, nous voulions sauvegarder et perpétuer la mémoire et nous ne pensions pas que l’histoire pouvait se renouveler toujours et encore.

-          Le samedi 16 février dernier - date qui, hélas, restera elle aussi dans l’histoire - lors d’une manifestation parisienne, un Juif, fils de réfugiés polonais né en 1949, naturalisé français en 1950, devenu un intellectuel brillant, officier de la légion d’honneur et académicien, a été pris à parti par plusieurs manifestants et a fait l’objet d’insultes antisémites. Cette scène fait suite à une suite inquiétante d’autres actes antisémites : croix gammée barbouillant le portrait de Simone, « Jude » écrit sur la devanture d’un commerçant,  profanation de la sépulture d’Ilan Halimi, jeune Juif de 23 ans martyrisé en 2006 par une bande de sauvages… En France, de 2017 à 2019, passant de 311 à 541, les actes antisémites ont augmentés en France de 74 %. Il arrive aussi qu’on tue des Juifs, tel le meurtre de Mireille Knoll, âgé de 85 ans, en 2018.

-          J’aime la France, je la souhaite belle, ouverte, généreuse, accueillante et portant haut le flambeau de la tolérance et de la fraternité. Comment regarder en face ces générations de  Français Juifs : intellectuels brillants, scientifiques  prestigieux, artistes talentueux, soldats valeureux, travailleurs acharnés… qui ont tant donné à la France.

-          Au cours de l’histoire, l’antisémitisme peut prendre des formes diverses : religieux au Moyen-Age, nationaliste au XIXème siècle, raciste sous l’Allemagne Nazie, antisioniste aujourd’hui. Même si les formes changent, se recomposent  ou s’additionne parfois, la haine, elle, est toujours présente.

-          Il y a plus, « avec complaisance », dans les réseaux sociaux, dans les lieux publics ou dans certaines manifestations, on n’hésite plus à invectiver, à vociférer contre tout, à insulter, à propager les complots les plus absurdes, l’antiparlementarisme, l’homophobie, le sexisme, la haine des élus, la haine des musulmans et des immigrés aussi.

-          Elle court, elle court la bête immonde. Selon la locution utilisée par le dramaturge allemand Bertolt Brecht : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde », dans sa satire de l’ascension d’Hitler au pouvoir, « La résistible ascension d’Arturo Ui ». Oui mes amis, je la voie la bête immonde, elle est revenue, elle est là, elle rôde parmi nous.

-          Ce n’est pas aux gens de couleurs qu’incombe la tâche de se défendre lorsqu’ils sont attaqués, mais c’est à nous de les protéger. Ce n’est pas aux Juifs de se protéger lorsqu’ils sont attaqués, mais à nous, à nous collectivement de les défendre.  C’est notre devoir, notre noble tâche, car nous avons un idéal de compassion, de fraternité et de justice en partage.

-           Heinrich Niemöller, un pasteur luthérien qui, par anticommunisme a contribué à l’arrivée d’Hitler, faisait le constat suivant : « Quand les nazis sont venus chercher les communistes,  je n’ai rien dit, car je n’étais pas communiste. Quand ils ont enfermés les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, car je n’étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, car je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit car je n’étais pas Juif. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester ou me défendre. »

-          Voilà chers amis, le moment est important. Nous devons partager tout à la fois inquiétude et vigilance.  Au moment de l’affaire Dreyfus, Emile Zola écrivait : « Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ?  Quelle tristesse, quelle inquiétude pour le vingtième siècle qui va s’ouvrir ! » Plus d’un siècle après on en est encore là ! Oui nous devons être inquiets pour la suite du XXIème siècle et pour l’avenir de nos enfants.

Je vous remercie pour votre présence et  pour votre aimable attention."

 

Puis Marie José Paliès, maire-adjoint, a lu le poème rédigé par les enfants de l'ALSH Le LUDO : 

Pour Honorer toutes les personnes qui ont sauvé la vie d’enfants et d’adultes pendant la seconde guerre mondiale. Les enfants du Centre de Loisirs Intercommunal de Saint Affrique « Le Ludo » souhaitent dédier ce poème pensé et écrit après leur visite à la maison de la mémoire de Saint Affrique aux Justes d’ici et d’ailleurs.

Les Justes d’ici et d’ailleurs

J Comme Justes, Joie, Justice, Jeune, Juifs.

U Comme Unis, Union, Unique, Universel, Ultime, Unanime.

S Comme Sagesse, Sirène, Sauvé, Seul, Sang, Salut.

T Comme Témoignage, Terreur, Triste, Terre.

E Comme Exil, Enfants, Envie, Echapper, Eclairer, Equitable

S Comme Souvenir, Sage, Sourire

« Merci pour nous avoir appris à mettre des m.o.t.s sur des m.a.u.x »

Les enfants du Centre de loisirs

Une minute de silence a ensuite été observée avant que ne résonne la Marseillaise.